Boutemont (ou Bouttemont) était un fief important qui relevait de la baronnie de Fauguernon. Il possédait une place forte, dont la motte de terre se voit encore aujourd’hui, à peu de distance du château actuel. Cette motte féodale, placée à la base du coteau, était une place forte de la vallée, ce qui atteste une haute antiquité. Dans le Pays d’Auge, un très grand nombre de fortifications sont implantées au fond des vallons. La « motte » de Boutemont commandait la vallée de la Touques et assurait le contrôle de la route de Lisieux à Pont-l’Evêque qui passait à sa base… Non loin de cette motte, tout près du château actuel, s’élevait l’église paroissiale de Boutemont dédiée à Saint Lubin.

Les seigneurs de Boutemont

Au temps de la Normandie ducale, nous trouvons un sire de Boutemont qui avait suivi le duc Robert Courteheuse en terre sainte. Les rôles (listes) de l’échiquier (administration financière) de Normandie signalent un Hugues de Boutemont en 1180 et un Guillaume de Boutemont en 1195.

Le château actuel est probablement au XVIème siècle et XVIIème siècle le prolongement du premier logis seigneurial des châtelains de Boutemont. La famille Boutemont semble être restée dans ce château jusqu’à la guerre de Cent ans. Elle y fut remplacée par la famille Servain vers le début du XIVème siècle.

En 1525, Philippe Paisant, écuyer, est le nouveau propriétaire et entreprend une reconstruction seigneuriale, pour atténuer l’aspect militaire de l’édifice (à l’origine, Boutemont formait un quadrilatère entouré de douves et on y accédait par un pont-levis ; les enrayures destinées au passage des chaînes sont encore visibles). Il fait construire un logis en pierres de taille, la poterne d’entrée et 4 jolies tourelles angulaires d’époque Henri IV. Au centre de la cour intérieure se trouve un puits de diamètre respectable dont la margelle est formée d’une seule pierre creusée au centre.

Au début du XVIIème siècle, les Le Bas originaires de la région d’Orbec sont les nouveaux propriétaires et J.B Le  Bas entreprit de grandes constructions (une façade en briques et pierres décorés de pilastres, et pour jouir de  la vue sur la vallée de la Touques, il fit abattre le mur qui limitait la cour d’honneur. Son fils G-P Le Bas lui succéda et sa fille épousa David Guéroult qui devint seigneur de Boutemont. Leur fils David-Gabriel Guéroult dut émigrer au moment de la révolution (1791) et il fut le dernier seigneur de Boutemont.

Une période sombre

 Les 22 et 23 août 1944, de violents combats eurent lieu autour du château qui avait été pendant quelque temps un siège de la Gestapo et où le docteur Hautechaud de Fervaques (qui fesait partie de la résistance » a été « interrogé », puis déporté à Buchenwald où il est mort. Le Maréchal von Runstedt séjourna dans ce lieu. Une antenne chirurgicale y fut installé et de nombreux blessés allemands furent soignés, y souffrirent, y moururent. Puis, ensuite pendant quelques mois ce sont les Anglais qui installèrent un centre de secours pour soigner les blessés.


Les « sauveurs » de Boutemont

Boutemont fut laissé à l’abandon pendant un siècle. Heuresement M. et Mme Drouilly achètent ce château en 1920 et le sauvent de la ruine. Pour le jardin, ils font appel à un très grand paysagiste Achille Duchêne qui a re-créé un jardin du XVIIème à l’identique. « C’est un jardin typique à la française. Tout est travaillé autour de symétries, de perspectives, d’axes » explique A. Liabeuf à la fois jardinier et guide idéal qui ajoute : « Chaque propriétaire a laissé son empreinte…les arbres ont poussé…le jardin est devenu plus romantique ».
M. et Mme A.Sarfati propriétaires depuis 1976 contribuent à la constante amélioration des lieux. Ils y investissent beaucoup de temps et d’énergie pour maintenir et renouveler la beauté du site : l’orangerie a été réhabilitée. La promenade de deux heures dans ce parc de 4 hectares, soigné, paisible, magnifiquement fleuri, véritable havre de paix est un régal. On reste sous le charme.
A. Liabeuf, (guide-jardinier) au cours de la visite, dévoile que le château a été loué peu de temps à Bruno Coquatrix, ex-maire de Cabourg et ancien directeur de l’Olympia. Il n’y a jamais séjourné, mais c’est dans ce cadre calme et retiré qu’il invitait ses amis, les stars comme Charles Aznavour et d’autres.

La commune de Boutemont a été réunie à Ouilly en 1824. L’église paroissiale Saint Lubin a existé dès 1652 et a été rasée. Alors, une chapelle de style néogothique a été construite en 1880 par Pauline Bouteiller.
La cloche, trop grande pour la chapelle, a été installée dans le clocher de l’église d’Ouilly-le-Vicomte.